......... C'est un fait évident que la moralité d'une société, prise dans sa totalité, est inversement proportionnelle
à sa masse, car plus grand est le nombre des individus qui se rassemblent, plus les facteurs individuels sont effacés et, du même coup, aussi la moralité, qui repose entièrement sur le
sentiment éthique de chacun et, par le fait même, sur la liberté de l'individu, indispensable à son exercice.
C'est pourquoi tout individu, en tant que membre d'une
société, est inconsciemment plus mauvais, dans un certain sens, qu'il ne l'est lorsqu'il agit en tant qu'unité pleinement responsable. Car, fondu dans la société, il est en une certaine mesure
libéré de sa responsabilité individuelle. Ceci explique qu'un groupe important qui ne serait composé que d'hommes excellents équivaudrait en tous points, pour ce qui est de la moralité et de
l'intelligence, à une espèce de gros monstre, balourd, obtus, impulsif et sans discernement. Plus une organisation est monumentale et plus son immoralité est sa bêtise aveugle sont
inévitables (Senatus bestia, senatores boni viri : les sénateurs sont des hommes bons et le Sénat est une bête cruelle). La société, en favorisant dans tous ses membres individuels
automatiquement les qualités collectives, laisse le champ libre, par le fait même, à toutes les médiocrités, cultivant à bon marché tout ce qui est en passe de végéter de façon irresponsable :
dès lors l'oppression des valeurs et des facteurs individuels est inéluctable. Ce processus commence dès l'école, continue au cours de la vie universitaire et imprime son sceau à tout ce qui,
de près ou de loin, concerne l'Etat. Plus un corps social est petit, plus est garantie l'individualité de ses membres; plus sont grandes leur liberté relative et les possibilités d'une
responsabilité consciemment assumée. Hors de la liberté, point de moralité. Notre admiration pour les organisations colossales s'amenuise dès que nous entrevoyons l'envers de la médaille, qui
est fait d'une accumulation et d'une mise en relief monstrueuses de tout ce qu'il y a de primitif dans l'humain, et d'une destruction inéluctable de l'individualité en faveur de l'hydre qu'est,
une fois pour toutes et décidément, n'importe quelle grande organisation. Le coeur d'un homme d'aujourd'hui, façonné sur l'idéal collectif moral régnant, s'est transformé en une "caverne de
brigands", ce que l'analyse de son inconscient révèle de façon frappante, même si cet homme n'en est pas troublé le moins du monde. Et dans la mesure où il est normalement "adapté" à son
entourage, les plus grandes folies, oui, les plus grandes infamies commises par son groupe ne l'incommoderont pas et ne troubleront pas, en apparence, la quiétude de son âme, pourvu que la
majorité de ses concitoyens et de ses semblables croie à la haute moralité de l'organisation sociale régnante.
C G Jung, dialectique du
moi et de l'inconscient, 1933
Voilà comment on en arrive au mariage homosexuel, à l'interdiction du porc à la cantine, et autres aberrations. Voilà comment
une société finit par marcher sur la tête, comment elle perd ses bases, ses valeurs, son socle. Voilà comment elle court à sa perte.
Et non les anti-mariage homo ne sont pas homophobes, et il y a des homos anti-mariage homo.
Psychologie des foules
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