J'avais envie de vous en parler parce que c'est un personnage que j'aime
particulièrement.
François Timoléon de Choisy, né le 16 août 1644, fut habillé en fille depuis sa plus tendre enfance. C'est ainsi que le voulait sa mère qui l'appelait "ma fille". Coiffé comme une fille, fardé,
parfumé et paré de bijoux. Corset, jupons, rubans, éventail. On lui appliquait pommades et onguents afin qu'il n'ait jamais de poils. La Choisy l'exhibait comme un petit singe, on se moquait.
François Timoléon était le plus jeune de ses enfants. Elle l'avait eu à plus de 40 ans et c'était son préféré. Et elle adorait quand il était vêtu en fille.
Son compagnon de jeux et grand ami n'était autre que le petit Monsieur,
Philippe d'Orléans qui n'était encore que duc d'Anjou, frère de Louis XIV
que Mazarin faisait habiller de la même façon afin de le rendre efféminé de peur, qu'à l'instar de Gaston d'Orléans, il se révolte contre son frère aîné. Le petit Monsieur aimait se faire
appeler "mademoiselle" par son ami.
François Timoléon adorait être en femme mais il n'en tomba pas moins amoureux de femmes. Il s'éprit, entre autres, de Louise de la Vallière, future favorite du roi. Ce ne fut pas le cas du
petit Monsieur qui n'aima jamais que ses mignons. Il souffrit beaucoup lorsque son ami tomba amoureux du comte de Guiche. François Timoléon et Philippe d'Orléans aimaient se retrouver tous 2 travestis. Cette complicité leur appartenait à eux seuls, comme autrefois
lorsqu'ils étaient enfants.
Un jour, sans prévenir, il partit et se joignit à une troupe de théâtre à
Bordeaux pour le bonheur de pouvoir "être femme". Les traits fins, menu, de beaux yeux noirs sous de longs cils, tous le prenaient pour une fille et il était très heureux d'être appelé
"mademoiselle", entouré d'amoureux. Il se sentait lui-même. Il était beau, elle était belle. Quand sa mère fut au courant, elle fit courir le bruit qu'il était parti pour des études de
théologie en province. Il tomba amoureux de mademoiselle de Montfleury, fille d'un grand comédien. Lorsqu'elle dût rentrer à Paris, François Timoléon l'accompagna. Sa mère avait réussi à
obternir pour lui l'abbaye de St Seine près de Dijon. Il perdit mademoiselle de Montfleury et plongea dans les études. Il devint abbé. Il avait 19 ans. Il avait dans ses bagages une perruque.
Il ne pouvait se résigner à troquer sa belle chevelure contre une tonsure. Il avait promis de renoncer à se travestir. Mais très vite il commanda tout un habilement féminin, et en cachette, le
revêtit, se farda, comme avant..........
Il rejoignit vite la cour qui lui manquait tant. Au décès de sa mère vénérée,
l'abbé de Choisy qui n'était pas encore majeur (25 ans à l'époque), fut émancipé par ses frères. Il ne voulut rien d'autre que les robes, les bijoux et la vaisselle dont personne ne voulait et
il leur laissa le reste de sa part d'héritage en argent. Il se mit à porter les pendants d'oreilles de sa mère à la cour, à se piqueter de mouches de velours et à se poudrer. Madame de La
Fayette lui suggéra alors de s'habiller de nouveau en femme. Il n'hésita plus. Il enfila la plus jolie robe de la Choisy après s'être fait coiffer à la dernière mode féminine, et se pressa chez
madame de La Fayette. Madame de Sancy était née. Personne n'osa élever la voix, François Timoléon était l'ami intime de Monsieur. Jusqu'à ce qu'un incident éclate avec le dauphin à l'Opéra,
madame de Sancy avait effacé l'abbé. De nouveau il reprit l'habit d'homme.
Plus tard il acheta le château de Crespon et devint la comtesse des Barres,
veuve. La cour le croyait en voyage, son abbaye était entre les mains de son homme d'affaires. Pour être une femme il fallait sacrifier la cour. A Bourges la comtesse se fit très vite
connaître. Il garda plusieurs jours près de lui Agnès de la Grise sous prétexte de lui apprendre la coiffure. Ils passèrent toutes ces nuits dans le même lit, la petite y devint femme.
Pourtant, du haut de ses 16 ans, elle croyait toujours qu'on faisait des enfants par les oreilles. En cadeau d'adieu il lui offrit ses boucles d'oreilles d'enfant, de diamants et de rubis. Il
revint ensuite dans sa vie pour lui donner des cours de théâtre. Par goût du jeu, il alla jusqu'à lui faire l'amour à l'insu de tous (?), devant plusieurs spectateurs dont les parents d'Agnès.
Il risquait gros. Enceinte, il pressa les parents ignorants de la marier. Ce qui fut fait, avec le comte des Gouttes.
François Timoléon tomba ensuite amoureux d'une comédienne : Roselie. Il la
transforma en homme et l'honora du titre d'écuyer de la comtesse des Barres. Le tout-Bourges fut scandalisé. Roselie fut appelée le petit comte ou monsieur comtin. Le petit comte remit des
robes lorsque son ventre devint rond. Elle fut cachée chez une sage-femme à Paris. L'enfant fut abandonné à une nourrice.
La comtesse des Barres fut confondue par son frère Balleroy. L'abbé de Choisy revint avec sa soutane, son frère emporta toutes ses robes. Il se ruina au jeu. Après la mort de Balleroy, il
récupéra ses robes. Il ne quitta plus la soutane et ses pendants d'oreilles en diamant. Mais sous la soutane ouverte il laissait voir corset et jupe et jupon. On l'appela l'abbé madame de
Sancy. Il abandonna de nouveau la soutane et reprit les robes, coiffe de dentelle et bourse ou manchon au poignet. Tout en noir et blanc. Les moqueries ne le gênaient pas. Il finit par imposer
le respect : il avait 2 carosses noir et or, 4 chevaux blancs, un cocher, un postillon, des laquais en livrée, etc........ Toute sa garde robe était désormais noir et blanc, les couleurs
écclésiastiques.
Toujours poudré et les lèvres peintes, l'extravagant abbé se faisait toujours
pardonner de tous. Même du cardinal de Bouillon qui ferma même les yeux sur sa vie en concubinage et vint en personne lui rendre visite, allant jusqu'à se promener à son bras. Madame de Sancy
triomphait!
Puis de nouveau il se ruina au jeu. Il perdit jusqu'à son abbaye. En 1676 le cardinal de Retz, doyen du conclave le prit pour conclaviste général des cardinaux français. Seul avec le futur
Innocent XI, l'abbé fut le premier à l'embrasser.
Parti en mission au Siam, il commit une erreur et pour se faire oublier du roi
il se réfugia au séminaire des miussions étrangères et se mit à écrire. Il fut réhabilité lors de la remise des présents du Siam. Il ne cessa plus d'écrire et reçut la charge de prévôt de
l'abbaye de St Benoît du Sault. Seul dans son cabinet d'écrivain, François Timoléon revêtait pour lui seul robes et boucles d'oreilles. Par peur de déplaire au roi, de nouveau il finit par les
sacrifier. Puis encore une fois il se ruina au jeu, perdant le château de Ballleroy dont il venait d'hériter.
Sa douleur fut grande à la mort de Monsieur, son cher ami, son complice. En
queue du cortège qui accompagnait sa dépouille, une femme en deuil avec des pendants d'oreille pleurait sous un voile noir. Pour l'abbé travesti, la vie n'eut plus le même goût. Il reprit ses
écritures. Il écrivit "l'histoire de l'église" en 11 volumes. Ce fut son dernier ouvrage.
Il est mort le 2 octobre 1724 après avoir fait jurer qu'il serait porté dans la tombe avec ses pendants d'oreilles en diamant qu'il tenait dans sa main.
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