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Le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire
Tchouang-Tseu
Ne faites jamais confiance aux miroirs, ils vous montreront toujours tout à l'envers
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Pour protéger, adopter,les animaux
J'ai les mains vides
J'ai les mains vides
J'ai tout échappé
J'ai pas les paumes solides
J'ai les mains vides
J'ai déjà tout payé
C'était de l'amour liquide
J'ai les mains vides
J'ai même lèché un à un mes doigts avides
J'ai les mains vides
J'ose pas redemander
Je suis un peu timide
J'ai les mains vides
Un peu pressées mais vraiment pas assez rapides
J'ai les mains vides
J'n'ai dans les doigts
Qu'une vieille épine de rose
Et je m'obstine
A ne garder que le mauvais côté des choses
J'ai les mains vides
Elles se tordent dans mon dos
Elles se gâtent
J'ai les mains moites
A force de ne pas s'ouvrir elles se battent
J'ai les mains vides
Et je sais bien que c'est parce qu'elles sont maladroites
J'ai les mains vides
A force de ne toucher que du bout des doigts
A force de prendre trop de roses à la fois
A force de n'avoir rien su garder de toi
Qu'une blessure
J'ai les mains vides
J'ai mal tenu à ce que tu leur appartiennes
J'ai les mains vides
J'ai rien qu'envie de les remettre au fond des tiennes
J'ai les mains tristes
D'avoir déjà su ce que c'est que d'être pleines
Elles s'en souviennent
Comme on se souvient de sa seule grande peine
Et mon doigt saigne
Ta rose est morte avant même que sa tige baigne
J'ai les mains vides
A force de ne toucher que du bout des doigts
A force de prendre trop de roses à la fois
A force de n'avoir rien su garder de toi
Qu'une blessure
Au bout du doigt
Un truc de passage
L'homme était français, la femme était russe
Tous deux en voyage aux Etats Unis
Tous deux attendaient le même autobus
Presque sans bagages, comme des sans-abris
Ils se composaient dans le terminus
Un nouveau langage bizarrement joli
Presque du français et presque du russe
Et l'anglais d'usage qu'ils avaient appris
Au fil du trajet dans le processus
Du bon bavardage qui se pervertit
Le couple savait qu'il s'agirait juste
D'un truc de passage voué à l'oubli
L'homme était français, la femme était russe
Leurs deux coeurs volages n'avaient qu'une envie
Lui s'imaginait délivrer le buste
De l'épais corsage à demi rempli
Elle se retenait d'explorer les muscles
De ce corps sauvage de mâle aguerri
Il y eut 2 arrêts puis un terminus
Un sac de couchage pour deux corps unis
Au matin dormait l'homme et sa Vénus
Tous deux en otage de l'autre endormi
Mais dans le respect de leur consensus
L'éventuel chantage n'était pas permis
L'entente voulait que ce soit jamais juste
Qu'un truc de passage voué à l'oubli
L'homme était français, la femme était russe
Sans enfantillages tous deux ont repris
Chacun leur trajet et leur autobus
Tous deux le visage un peu déconfit
La femme chassait le souvenir robuste
De son court voyage aux Etats Unis
Alors que germait dans son utérus
Un truc de passage voué à l'oubli
La place au sous-sol
Y'aurait eu de la place au sous-sol
Pour une mignonne cuisine
Un petit frigo et deux casseroles
Une table ronde et une assiette
Et une rampe d'escalier
Pour ne jamais qu'elle trébuche
Et une belle cage dorée
Pour son éternelle perruche
Y'aurait eu de la place je sais bien
On avait déjà le matelas
Y'avait déjà une salle de bains
Et une télé qui ne sert pas
Le grand mur aurait été plein
De ses photos de grand-papa
De toi de moi et des gamins
Qu'elle aurait gavés de chocolat
Bien sûr qu'elle s'est laissé mourir
Elle aimait pas les étrangers
Bien sûr que ça la faisait pas rire
De jouer aux cartes, de jouer aux dés
C'était une femme de maison
C'était une mère de famille
D'une grande fille pas gentille
Qui l'a laissée à l'abandon
Bien sûr qu'elle a dî espéré
Qu'on prenne soin de ses vieux jours
Et qu'on revienne la chercher
Quand elle appelait au secours
Du fond de son maudit foyer
Quand elle tremblait de tous ses membres
Par chance que Dieu est arrivé
Elle se tuait à nous attendre
Y'aurait eu de la place au sous-sol
Tout plein d'espace au-dessus du lit
Pour qu'elle accroche et qu'elle colle
Images saintes et crucifix
J'aurais pu lui coudre des robes
Pour qu'elle se sente jolie
Comme lorsque j'allais à l'école
Et qu'elle me faisait mes habits
C'est un peu tard pour les regrets
Je vais pas gagner mon paradis
Parce que je nourris depuis juillet
Une vieille perruche qui s'ennuie
Y'aurait eu tant de place ici mais
Je lui ai fermé ma porte
Et même si tout le monde me dit
Qu'c'est pas de ma faute si elle est morte
Moi je sais bien qu'elle serait là
Souriante et vive comme autrefois oui
Au lieu de la reconduire la-bàs
Je l'avais accueillie chez moi
La centenaire
Ca fait 100 longs hivers
Que j'use le même corps
J'ai eu 100 ans hier
Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort?
J'ai encore toute ma tête
Elle est remplie de souvenirs
De gens que j'ai vu naître
Puis que j'ai vu mourir
J'ai tellement porté de deuils
Que j'en ai les idées noires
Je suis là que je me prépare
Je choisis mon cercueil
Mais le docteur me répète
Visite après visite
Que j'ai une santé parfaite
L'est là qui me félicite
J'ai vu la première guerre
Le premier téléphone
Me voilà centenaire
Mais bon, qu'est-ce que ça me donne?
Les grands avions rugissent
Y'a une rayure au ciel
C'est comme si l'Eternel
M'avait rayée de sa liste
Ca fait 100 longs hivers
Que j'use le même corps
J'ai eu 100 ans hier
Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort?
Qu'est ce que j'ai pas fini
Qui faudrait que je finisse?
Perdre un dernier ami
Enterrer mes petits-fils?
J'ai eu 100 ans hier
Ma place n'est plus ici
Elle est au cimetière
Elle est au paradis
Si je méritais l'enfer
Alors c'est réussi
Car je suis centenaire
Et je suis encore en vie
J'ai vu la première guerre
Le premier téléphone
Me voilà centenaire
Mais bon, qu'est-ce que ça me donne?
Les grands avions rugissent
Y'a une rayure au ciel
C'est comme si l'Eternel
M'avait rayée de sa liste
Moi je suis née aux chandelles
J'ai grandi au charbon
Bien sûr que je me rappelle
Du tout premier néon
J'ai connu la grande crise
J'allais avoir 30 ans
J'ai connu les églises
Avec du monde dedans
Moi j'ai connu les chevaux
Et les planches à laver
Un fleuve tellement beau
Qu'on pouvait s'y baigner
Moi j'ai connu le soleil
Avant qu'il soit dangereux
Faut-il que je sois vieille
Venez me chercher bon Dieu
J'ai eu 100 ans hier
C'est pas Que j'ai pas prié
Mais ça aurait tout l'air
Que Dieu m'a oubliée
Alors j'ai des gardiennes
Que des nouveaux visages
Des amies de passage
Payées à la semaine
Elles parlent un langage
Qui ne sera jamais le mien
Et ça me fait du chagrin
D'avoir 5 fois leur âge
Et mille fois leur fatigue
Immobile à ma fenêtre
Pendant qu'elles naviguent
Tranquilles sur internet
J'ai vu la première guerre
Le premier téléphone
Me voilà centenaire
Mais bon, qu'est-ce que ça me donne?
Les grands avions rugissent
Y'a une rayure au ciel
C'est comme si l'Eternel
M'avait rayée de sa liste
C'est vrai que j'attends la mort
Mais c'est pas que je sois morbide
C'est que j'ai 100 ans dans le corps
Et que je suis encore lucide
C'est que je suis avide
Mais qu'y plus rien à mordre
C'est que mon passé déborde
Et que mon avenir est vide
On montre à la télé
Des fusées qui décollent
Est-ce qu'on va m'expliquer
Ce qui me retient au sol
Je suis dans une autre école
J'appartiens à l'histoire
J'ai eu mes années folles
J'ai eu un bon mari
Et 4 beaux enfants
Mais tout le monde est parti
Dormir au firmament
Et y'a que moi qui veille
Qui vis, qui vis encore
Je tombe de sommeil
Mais qu'est-ce qu'elle fait la mort?
Vos mots