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Dimanche 24 février 2008 7 24 /02 /Fév /2008 21:31

Après ma mésaventure, je vous livre, avec l'accord de SON AUTEUR, ce petit chef d'oeuvre :

"Monsieur, l'érotisme d'une serpillière vous échappe. La sueur des travailleurs d'entretien vous fait sourciller. Sachez que cette longue crinière de coton, épaisse comme une chevelure de femme, mouillée lourdement de détergents corrosifs, tordue comme pour en extraire le plaisir, déroulée, déployée, suivie en cortège d'une traînée luisante sur le parquet soulagé, sachez que cette chose bave de désir pour qui sait voir. J'ai lavé des planchers abandonnés à grande eau, caressé des tuiles à en perdre leur symétrie, effleuré comme une peau attentive des lattes de bois vernies, frôlé hypocritement des moulures lascives, attendant qu'elles soupirent... évidemment, il n'en était rien. Ne me regardez pas comme ça. J'essayais de vous expliquer la noblesse des mains qui tiennent la serpillière, l'intensité des bras qui s'acharnent à nettoyer, FAIRE RELUIRE ! Et après l'effort des muscles, dans la pénombre des néons qui s'éteignent par la magie du minutage, ne veillent que quelques loupiotes dirigeant leurs faisceaux sur les planchers impeccables et mouillés. Comme un étang sous la lune. Et moi, l'amant-laveur qui a tout donné, je reste là, dans le silence mort de la nuit urbaine, le torse en sueur, assis près du seau d'eau sombre, à contempler cette terre synthétique et néanmoins satisfaite, à méditer sur le chant de mes membres au repos. Vous avez une cigarette?"

Ginette Desmarais

Je vous conseille de visiter son site, elle est pleine de talents. Merci Ginette

 

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Voir les 1 commentaires - Communauté : Les beaux mots - Publié dans : Poésie, écritures
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