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Le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire
Tchouang-Tseu
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Camille, internée pendant les 30 dernières années de sa vie est morte de faim à l'hôpital psychiatrique de
Montdevergues le 19 octobre 1943. Montdevergues au milieu des hurlements des pauvres femmes malades et internées avec elles. Elle avait été enfermée à Ville-Evrard en 1913 et de là on l'avait
transférée à Montdevergues en 1914.
Ma très chère Camille, tu ne méritais pas ça! Que t-ont-ils fait?
Voici l'une de ses lettres. Celle du 25 février 1917. C'est un appel au secours.
Monsieur le Docteur,
Vous ne vous souvenez peut-être pas de votre ex-cliente et voisine, Mlle
Claudel, qui fut enlevée chez elle le 13 mars 1913 et transportée dans les asiles d'aliénés d'où elle ne sortira peut-être jamais. Cela fait cinq ans, bientôt six, que je subis cet affreux
martyre, je fus d'abord transportée dans l'asile d'aliénés de Ville-Evrard puis, de là, dans celui de Montdevergues près de Montfavet (Vaucluse). Inutile de vous dépeindre quelles furent mes
souffrances. J'ai écrit dernièrement à Monsieur Adam, avocat, à qui vous aviez bien voulu me recommander, et qui a plaidé autrefois pour moi avec tant de succès; je le prie de vouloir bien
s'occuper de moi. Mais, dans cette circonstance, vos bons conseils me seraient nécessaires car vous êtes un homme de grande expérience et, comme docteur en médecine, très au courant de la
question. Je vous prie donc de bien vouloir causer de moi avec M. Adam et réfléchir à ce que vous pourriez faire pour moi. Du côté de ma famille, il n'y a rien à faire: sous l'influence de
mauvaises personnes, ma mère, mon frère et ma sœur n'écoutent que les calomnies dont on m'a couverte. On me reproche (ô crime épouvantable) d'avoir vécu toute seule, de passer ma vie avec des
chats, d'avoir la manie de la persécution! C'est sur la foi de ces accusations que je suis incarcérée depuis cinq ans et demi comme une criminelle, privée de liberté, privée de nourriture, de
feu, et des plus élémentaires commodités. J'ai expliqué à M. Adam dans une longue lettre les autres motifs qui ont contribué à mon incarcération, je vous prie de la lire attentivement pour vous
rendre compte des tenants et des aboutissants de cette affaire.
Peut-être pourriez-vous, comme docteur en médecine, user de votre influence en ma faveur. Dans tous les cas, si on ne veut pas me rendre ma liberté tout de suite, je préférerais être transférée
à la Salpêtrière ou à Sainte-Anne ou dans un hôpital ordinaire où vous puissiez venir me voir et vous rendre compte de ma santé. On donne ici pour moi 150 F par mois, et il faut voir comme je
suis traitée, mes parents ne s'occupent pas de moi et ne répondent à mes plaintes que par le mutisme le plus complet, ainsi on fait de moi ce qu'on veut. C'est affreux d'être abandonnée de
cette façon, je ne puis résister au chagrin qui m'accable. Enfin, j'espère que vous pourrez faire quelque chose pour moi, et il est bien entendu que si vous avez quelques frais à faire, vous
voudrez bien en faire la note et je vous rembourserai intégralement.
J'espère que vous n'avez pas eu de malheur à déplorer par suite de cette maudite guerre, que M. votre fils n'a pas eu à souffrir dans les tranchées et que Madame Michaux et vos deux jeunes
filles sont en bonne santé. Il y a une chose que je vous demande aussi, c'est quand vous irez dans la famille Merklen, de dire à tout le monde ce que je suis
devenue.
Louise Claudel, sa mère décédée en 1929, n'ira pas une seule fois
voir sa fille et n'enverra jamais la plus petite lettre.
Pour connaître un peu la vie de Camille, je vous conseillerai "une femme" d'Anne Delbée. C'est une biographie de ce sculpteur de génie qu'elle était. Camille qui à 6 ans déjà modelait la
terre.
Un court extrait :
Elle s'active. Elle n'a jamais de cadeaux. Ni de son père, ni de sa mère... "Tu as dû user toutes les ficelles de
Nancy!" s'exclame-t-elle en s'escrimant sur les noeuds. Elle s'arrête : elle a dans les mains une ombrelle, une superbe ombrelle rouge, dentelée, flamboyante!
Il la regarde. Ses joues se sont enflammées. Elle est là dans sa vieille blouse, un pied dans un sabot, l'autre nu, et elle contemple l'ombrelle. "C'est trop beau pour moi." Jamais elle n'a eu
une si belle ombrelle.
Et soudain celle qui sculpte, celle qui parle de matériaux à longueur de journées, celle qui fait elle-même ses outils est bouleversée. Elle est une femme à qui on peut offrir quelque chose
d'inutile, de superflu.
Quant au film, seule Adjani était à la hauteur et elle n'a pas failli. Camille avait de magnifiques
yeux bleu marine et de longs cheveux bruns.
Jusque dans la mort, ils ont été odieux, abjects :
Monsieur l'ambassadeur,
La tombe est surmontée d'une croix portant les numéros : 1943-n°392. Mademoiselle Claudel ne possèdait plus d'effets personnels au moment de son décès et aucun papier de valeur, même à titre de
souvenir, n'a été retrouvé au dossier administratif. Veuillez agréer, Monsieur l'ambassadeur.......
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Monsieur le maire,
La famille Paul Claudel a retrouvé dans les papiers du poète la lettre dont vous trouverez ci-joint la copie. Les membres de la famille de Paul Claudel seraient désireux de donner à Camille
Claudel, la soeur aînée de Paul Claudel, une sépulture plus digne de la grande artiste qu'elle était.
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Monsieur,
En réponse à votre lettre par laquelle vous exprimez le désir detransférer les restes mortels de Madame Camille Claudel, inhumée le 21 octobre 1943 au cimetière de Montfavet dans la partie
réservée à l'hôpital de Montdevergues, j'ai le regret de vous faire connaître que le terrain en cause a été requis pour les besoins du service.
La tombe a disparu.
Quels salopards! Même pas le plus petit respect! Aucune décence, aucun repect. Ils sont à vomir! Et je ne dis pas "paix à leur âme".
Quelques unes de ses oeuvres :
L'aurore
L'abandon, 1905
La valse, 1893
La petite chatelaine
L'implorante
Les causeuses
L'âge mûr
La joueuse de flûte
Persée et la gorgone, 1910 (La tête de la gorgone est l'auto-portrait de Camille)
Pensée profonde
Paul (son frère), 37 ans
Paul, 13 ans
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