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Lundi 13 juin 2005 1 13 /06 /Juin /2005 00:00

J'avais 12 ans de Nathalie Schweighoffer

Vous allez plonger dans l'horreur qu'à vécu cette enfant pendant 5 ans. Ecrit avec ses mots à elle, sans fard, nus, crus. Notes reprises en 1989 pour faire cette autobiographie-journal. Date à laquelle elle a le courage d'intenter un procès à son père. Elle avait 19 ans et elle était encore incapable d'avoir une machine à laver chez elle. C'est là-dessus que son géniteur, les premières fois d'une longue série a abusé d'elle, si petite. Pour aider les autres à parler parce qu'il faut qu'elles parlent.

Un père violeur, sadique : un père assassin.

Sa maman ne pouvait rien voir, elle subissait la même chose. Alors elle s'abrutissait de cachets pour dormir et n'imaginait pas que sa fille endurait toutes ces horreurs.

Un petit extrait :

Tout d'un coup, il lâche la ceinture d'une main et le cuir vient me frapper avec une violence terrible. J'ouvre la bouche, il gronde tout de suite :

-Ne crie pas!

Je sais pas si j'allais hurler ou non, mais ça s'arrrête aussitôt. Mes mains....où les mettre? Sur ma tête elles ne protègent plus ma poitrine, et il va frapper de nouveau. Je les descends lentement, il gronde encore :

-Ne bouge pas!

J'ai bien entendu les deux menaces. Ne crie pas et ne bouge pas! Mais c'est bizarre, on dirait qu'il n'a pas ouvert la bouche pour parler. Il l'a dit ou il l'a pas dit? C'est moi qui ait entendu ça toute seule?

De toute façon, sans savoir pourquoi, je sens qu'il ne faut ni bouger ni crier. Si quelqu'un arrivait maintenant et nous voyait comme ça, moi nue, devant cette machine à laver, et lui nu avec cette ceinture, il y aurait un désastre.

-Je vais te laver de ta perversion.

Je n'ai pas bien compris le dernier mot. A part le sens général, il croit que je suis sale ou quelque chose comme ça. S'il croit ça, c'est qu'il est fou. Peut-être que si je supporte un peu, je pourrai lui faire comprendre qu'il est fou. Parce qu'il a jamais fait ça avant. Me frapper, c'est depuis aujourd'hui. Se mettre tout nu c'est maintenant. Il a une crise. Il est dingue. Il frappe régulièrement, il s'en fout que je me tortille dans tous les sens. Que j'aie mal, il frappe. Ca va jamais s'arrêter. Je vois son visage à travers les larmes, c'est pas possible, il a l'air content. Tout content. Content avec une drôle de grimace. Ca lui fait plaisir de me cogner dessus avec sa ceinture. Je le reconnais pas, là, c'est pas mon père qui frappe, c'est un inconnu.

Il s'arrête tout d'un coup. Je me dis qu'il est fatigué de cogner, que ça va finir, je vais pouvoir filer dans ma chambre, avec mes vêtements.

-Monte sur la machine à laver!

Là, je reste coincée. Le dos contre le métal froid et blanc, j'ai pas compris ce qu'il me demandait. Qu'est-ce qu'il veut que je fasse sur cette machine à laver?

La dernière phrase du livre qui toujours aujourd'hui me fait pleurer :

"Merci d'avoir fait silence en m'écoutant crier."

Ce monstre n'a été condamné qu'à 12 ans . Où sont les circonstances atténuantes dites moi? Probable qu'il n'en ait fait que 8 pour bonne conduite.......... Et toi petite Nathalie, aujourd'hui que fais-tu?

A lire dans un autre style :

Le liseur de Bernhard Schlink

A 15 ans, il devient l'amant d'une femme secrète de 20 ans son aînée : Hanna. Pendant 6 mois, il la rejoint chez elle tous les jours. Il lui lit des livres à haute voix. Puis elle disparaît. 7 ans plus tard, il fait ses études de droit. Au cours d'un procès, il reconnaît Hanna parmi les criminelles. Alors il comprend. Et voilà pourquoi elle lui demandait de lui faire la lecture. Je ne vous dirai pas pourquoi ni de quel procès il s'agit bien sûr. Il la reverra plus tard, en prison. Mais c'est..........comment dire? Je ne sais pas, je trouve pas les mots. Ca finit mal.

Facile à lire, ce n'est pas une histoire d'amour banale comme les autres.

Un petit extrait :

-Tu n'as qu'à me le lire!

-Lis les toi-même, je te les apporterai

-Tu as une si belle voix, garçon, je préfère t'écouter, plutôt que de lire moi-même.

-Oh, tu crois?

Mais quand j'arrivais le lendemain et voulus l'embrasser, elle se déroba. "Tu me fais d'abord la lecture".

Elle parlait sérieusement. je dus lui lire Emilia Galotti pendant une demi-heure avant qu'elle m'emmène sous la douche et dans son lit.

 

Journal d'une femme en blanc d'André Soubiran

C'est un roman oui, mais tiré de faits réels. L'expérience hospitalière de cette jeune femme nous fait découvrir certains dilemnes, des choix pas faciles à faire. Un regard sur la femme aussi. La femme qui avant la pilule et l'IVG se trouvaient mère sans le vouloir avec la dramatique que parfois cela engendrait. A cette époque, les médecins n'avaient même pas le droit de conseiller une femme sur la contraception. C'est pas si vieux que ça, ce n'est qu'au début de la seconde moitié du 20ème siècle.

Un petit extrait :

Désormais, je n'aurai plus à redouter de mal me servir du mensonge, ni à inventer des histoires que les faits auraient démentis un instant plus tard. Mais c'est surtout pour Mariette que s'achève l'épreuve effroyable. Grâce aux drogues sédatives, elle ne connaîtra pas le rythme atroce, l'alternance sans fin de l'angoisse et du spasme.

Je n'aurai à m'épouvanter pour elle, ni des mâchoires crispées, ni des lèvres bordées par une bave blanchâtre, ni de leur rictus de bête morte, ni des mains crispées comme des griffes ou des avant-bras repliés, ni des reins creusés, ni du corps tout entier tendu, de la nuque au talon, à se rompre.

Désormais les yeux de Mariette dormiront. Je ne les verrai pas, seuls lucides et vivants dans un masque aux grimaces pathétiques. Ils ont cessé de me fixer, suppliants et désespérés.

Ravage (1943) de René Barjavel

Un petit extrait :

Le vieux petit ministre tout blanc avait commencé par compter les paliers Il s'arrêta, angoissé. Combien en avait-il déjà passé? Celui-ci, était-ce le 17ème? Il lui semblait qu'il avait déjà compté 17 au palier précédent. Voyons, était-ce 17 ou 18? Quel terrible problème! S'arrêter plus longtemps ne le résoudrait pas. "Je vais compter 17 et si je ne trouve pas mon appartement, je descendrai un étage de plus". Il repartit, soulagé. Autour de lui, le bruit s'enflait. Les parents, les amis, qui se parlaient à voix basse, soudain ne se trouvaient plus, et s'appelaient avec des cris répercutés par l'écho, accompagnés du roulement assourdis de mille pieds sur le tapis. La fatigue et l'énervement gagnaient. Il semblait que jamais, jamais, on n'atteindrait le sol.
-Un étage de plus? Non, voyons un étage de moins.......... Il faudra que je remonte.
Que je remonte ou que je redescende?
Le petit ministre tout vieux, tout blanc, s'arrêta de nouveau, repartit, hésita, passa, dans son désarroi, un nouveau palier sans le compter, s'en aperçut 10 marches plus bas, craignit d'en avoir passé plusieurs de la même façon, se mit à pleurer comme un petit enfant, tout à fait découragé, descendit marche après marche en reniflant et marmottant, perdit complètement le fil de son compte, continua de descendre quand même, sans bien savoir où il allait, parce que ses genoux pliaient, parce que tout le monde descendait, parce qu'on le poussait, parce qu'il fallait bien descendre quelque part.

 

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Voir les 5 commentaires - Communauté : Les beaux mots - Publié dans : Poésie, écritures
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