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Le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire
Tchouang-Tseu
Nous sommes au VIIe siècle, l'islam est imposé par le sabre à l'intérieur de la péninsule arabique. Les chefs
postérieurs à mahomet connus sous le nom des 4 califes (littéralement “successeurs” du prophète) ont étendu et diffusé l'islam dans une aire géographique qui correspond à peu de choses près à
la oumma islamia actuelle (monde extrême asiatique mis à part). Cette extension du monde musulman a subi 3 coups d'arrêts :
en 719 à Constantinople face aux byzantins, en 732 près de Poitiers face aux francs de Charles Martel et en 751 à la bataille de Talas face à la dynastie impériale chinoise des Tang.
Une fois la conquête militaire effectuée les chefs musulmans ont récupéré le Savoir antique des civilisations conquises, en particulier celui des grecs (philosophie aristo-platonicienne,
astronomie, mathématiques et justement médecine). Les grands ouvrages grecs ont été traduits en arabe et le plus souvent les traducteurs et les intermédiaires étaient des savants chrétiens
(nestoriens, coptes ou monophysites) qui ont traduit ce savoir grec pour les conquérants musulmans.
Les grands piliers de la médecine arabe médiévale sont donc d’origine gréco-romaine en se basant sur les techniques et théories de Gallien et d'Hippocrate. Sur ces bases, des savants comme le
perse Avicenne ont ajouté d'autres découvertes grâce au soutien et à la protection de mécènes puissants. Cette médecine musulmane est donc avant tout la reprise et la continuité de la médecine
grecque antique, ainsi le mode opératoire de la cataracte est le même dans le monde musulman qu'à l'époque d'Hippocrate. Cela n'empêche pas de reconnaître qu'il y eu de grands médecins dans le
monde musulman médiéval.
Cet engouement pour les sciences grecques a duré jusqu'au XIIe siècle où les docteurs islamiques prirent en main la destinée scientifique de la oumma en assujettissant la Raison à la foi
islamique et en définissant la véritable science comme la connaissance du coran. Le tournant du XIIe siècle marque donc pour le monde islamique une extinction progressive de la recherche
scientifique jusqu'à une situation de stagnation absolue et la fin des grands esprits libres à l'image d'Avicenne.
Le seul moment où l'on peut parler d'une perte du savoir antique en Occident fut au Ve siècle au lendemain des temps barbares après la chute de Rome en 476. Cependant dès la montée en puissance des francs et la création de l'empire carolingien de Charlemagne nous assistons à un renouveau de l'étude des savoirs antiques. L'idée reçue veut nous faire croire que le Moyen-âge ignorait tout des textes grecs, sauf ce qui leur fut transmis par les musulmans occupant l'Espagne, et
qu'il faut attendre la Renaissance pour pouvoir à nouveau en prendre connaissance.
Rien n'est plus faux.
En effet le savoir gréco-romain est connu et diffusé dans les premières universités médiévales. Les moines connaissent et traduisent les auteurs antiques dans les scriptorium des monastères et
les échanges continus avec l'empire byzantin (grand Héritier de la culture gréco-romaine antique) permet des échanges de savoir sur la médecine antique. Il faut s'imaginer qu'il y a des flux
d’échanges intellectuels dans cette Europe médiévale et le lien avec Constantinople permet la connaissance du savoir antique. La médecine utilisée en Occident est donc elle aussi issue de
l'héritage grec.
À ce savoir antique s'ajoutent d'autres méthodes de guérison parallèles liés à la persistance de l'héritage païen comme des secrets et traditions populaires “de grand-mère”, une connaissance de
l'herboristerie incarnée par les apothicaires et guérisseurs du village et des savoirs plus occultes à travers les rebouteux, l'astrologie voire des sortilèges, filtres ou élixirs.Tout ce panel
épaissit la connaissance en médecine.
Il est intéressant de remarquer que jusqu'à la fin du Moyen-Age il y avait autant de médecins femmes que de médecins hommes. Ainsi l'abbesse germanique Hildegarde de Bingen a écrit un manuel
abrégé de médecine en 1160, le Liber simplicis medicinae.
Ainsi au XIIe siècle, les cultures médicales en Occident et dans le monde musulman sont issues des mêmes bases puisque le socle Gallien-Hippocrate vient du même cœur qui est l'antiquité
grecque.
Il est donc absolument incohérent d'encenser d'une part la médecine musulmane et de rabaisser d'autre part la médecine occidentale puisqu’il s'agit dans les faits de la MÊME médecine héritée
des traditions antiques. Ce jugement à géométrie variable est donc bel et bien une imposture historique.
- HEERS Jacques, Le Moyen-Age, une imposture.
- GOUGHENHEIM Sylvain, Aristote au Mont Saint-Michel : Les racines grecques de l'Europe
chrétienne.
Comme chacun sait, c'est la mode de nos jours de rabaisser notre civilisation et d'encenser les autres au prix de n'importe quels mensonges. Plus un peuple est arriéré, plus on veut nous faire croire qu'il est meilleur. Bienpensance oblige! Notre société infantilisée au cerveau de plus en plus ramolli, et qui ne pense plus qu'à se mettre à genoux, n'a plus l'ombre d'une parcelle de fierté.
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