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Le meilleur usage que l'on puisse faire de la parole est de se taire
Tchouang-Tseu
Subit que M. de Guise vit l'artillerie assise et braquée pour faire brèche, fit abattre les maisons les plus proches pour remparer, et les poutres et solives étaient arrangées bout à bout, et entre-dux, des fascines, de la terre, des lits (couches), et balles de laine, puis on remetait encore par dessus autres poutres et solives comme dessous... Tout le monde était empêché (occupé), à porter la terre pour la remparer jour et nuit. Messieurs les princes, seigneurs et capitaines, lieutenants, enseignes, portaient tous la botte pour donner exemple aux soldats et citoyens à faire le semblable; ce qu'ils faisaient, voire jusques aux dames et demoiselles, et ceux qui n'avaient des hottes s'aidaient de chaudrons, paniers, sacs, linceuls (draps), et tout ce qu'ils pouvaient pour porter la terre en sorte que l'ennemi n'avait point sitôt abattu la muraille qu'il ne trouvât derrière un rempart plus fort...
L'empereur disait qu'il ne partirait jamais de devant la ville qu'il ne la prit de force ou par famine quand il devrait perdre toute son armée...
L'empereur ayant entendu notre dernière résolution (celle d'ensevelir avec l'ennemi sous les ruines de la ville) et voyant le peu qu'il avait avancé pour sa batterie, sapes et mines, et la grand'peste qui était dans son camp, et l'indisposition du temps, et la nécessité de vivres et d'argent, et que ses soldats se débandaient et par grandes troupes s'en allaient, conclut enfin se retirer, accompagné de la cavalerie de son avant-garde, avec la plus grande partie de son artillerie et de la bataille (corps de bataille).
...Toutefois ne s'en allèrent pas tous, il s'en fallut de près de vingt mille, qui étaient morts tant par l'artillerie et coups de main que la peste, du froid et de la faim, et aussi moururent grand nombre de leurs chevaux, desquels ils avaient mangé la plus grande part, en lieu de boeuf et de lard. On alla où ils avaient campé où l'on trouva plusieurs corps morts non encore enterrés et la terre toute labourée comme l'on voit le cimetière St Innocent durant quelque grande mortalité. En leurs tentes, pavillons et loges, y avaient laissé pareillement plusieurs malades... Mondit seigneur de Guise fit enterrer les morts et traiter leurs malades... et me commanda et aux autres chirurgiens de les aller panser et médicamenter : ce que nous faisions de bonne volonté.
Ambroise Paré
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